Célébrons ensemble ce pétage de record de productivité, deux morceaux publiés en deux semaines… Serions-nous en train de passer au niveau supérieur?


Partir, suivre la lune
Quand la nuit fait défaut
J’ai perdu le sens unique
En dépassant les limites   
Moi qui voulait suivre la plume
J’en ai perdu tous mes mots
J’ai laissé parler le bitume
Et s’étouffer le terreau 

Je ne suis qu’un voyageur
Clandestin
Pas un jour sans affronter ma peur
Du lendemain
Je me nourris de lueur
De semblants de rien
À chaque heure je ravale ma rancœur
Contre un monde en vain

J’espère toujours le meilleur
Au plus lointain
Je tiens la route mieux que ma place
Embrasse l’incertain
Marcher jusqu’à briser la glace
Voyageur clandestin 

En territoire anonyme
Je ne suis qu’un inconnu
Qui sème des graines au fond d’un abîme
Moi qui croyait tout avoir vu
Parfois je crois perdre ma voie
Entre l’abondance et l’aride
Mais elle est juste derrière moi
À me pousser vers le vide 

Je pars pour ne plus jouer le jeu
De tout ce qui nous meurt un peu
S’enfuir avant d’être trop vieux
Qu’est-ce qu’y perd, si ce n’est pas mieux?
Je refuse de jouer les enclumes
En épousant tous les maux
D’une vie prononcée amertume
Quitte à partir de zéro 

Je ne suis qu’un voyageur
Clandestin
Pas un jour sans affronter ma peur
Du lendemain
Je me nourris de lueur
De semblants de rien
À chaque heure je ravale ma rancœur
Contre un monde en vain

Et quand je croise les mêmes regards
Les mêmes cicatrices sur les mains
Les couloirs deviennent boulevards
L’abysse un souvenir lointain 

Je ne suis qu’un voyageur
Clandestin
Pas un jour sans affronter ma peur
Du lendemain
Je me nourris de lueur
De semblants de rien
À chaque heure je ravale ma rancœur
Contre un monde en vain

Il paraît que le but n’est qu’un leurre
Qui brille au lointain
Mais je tiens le rythme, pourvu que ça passe
Cette crainte que tout soit vain
Marcher même si j’en perd la face
Voyageur clandestin 

Partir, suivre une lune
Que l’on croit sans défaut
Je laisse hurler le bitume
Et rêve d’une fin au chaos 

Voyage, voyage

Les voyages, c’est bien. Voilà. On ne va pas s’étaler en longueur, tout le monde le sait, tout le monde le dit, aussi bien ceux qui voyagent que ceux qui rêvent de voyager. Il n’y a pas plus efficace que de se retrouver dans un milieu totalement inconnu pour se découvrir, ou se redécouvrir soi-même. Car un voyage bien fait, c’est un voyage qui se passe surtout à l’intérieur. D’où le fait que parfois il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour voyager. Même si, c’est sûr, un pays à l’autre bout du monde et complètement différent du nôtre, ça aide. S’adapter au mode de vie d’un pays étranger nous fait remettre en question nos repères les plus solides, comme se nourrir, se déplacer, communiquer. Ce genre de remise en question nous aide à comprendre qu’au final, on peut s’adapter, évoluer. Rien de mieux donc pour rompre avec de vieilles traditions qui peuvent nous faire obstacle, et qui pèsent de plus en plus avec le temps.

Let it go

Le plus compliqué quand on entreprend ce genre d’aventure, c’est de réussir à se laisser porter par elle. On nous apprend depuis toujours à avoir le contrôle maximum sur tout ce qui nous entoure. Mais à moins d’être Dieu, ce n’est techniquement pas possible. Et les situations qui ne se passent pas comme on le voudrait finissent par générer du stress, de l’angoisse, de la tristesse. Voyager permet de rompre avec cette tension quotidienne, mais comme on ne se débarrasse pas facilement de bons vieux réflexes, on a tendance à vouloir en contrôler le moindre détail. C’est humain, prévoir est un réflexe de survie. Mais comme tout prévoir est impossible, il faut aussi savoir faire confiance, à soi-même comme au monde qui nous entoure. Arrêter de trop penser et se laisser guider. Ne pas forcer, accepter le déroulement naturel des événements. Taire notre ego au final, et s’harmoniser au maximum avec le monde qui nous entoure.

Tout ça pour dire que

C’est cette difficulté à lâcher prise totalement, c’est-à-dire sans vouloir contrôler le lâcher-prise lui-même, que j’avais en tête quand j’ai écrit ce texte. J’étais perdu dans la campagne andine dans la région de Bogotá, à quelques 2500 mètres d’altitude, avec une brume tellement dense qu’on n’y voyait pas à 1 mètre devant nous. Je me cassais la tête depuis quelques jours à trouver des idées, des paroles, des mélodies, je stressais de ne pas pouvoir mettre la main sur un instrument, de n’avoir le temps pour rien, je devais m’activer, arrêter de dormir debout, avancer dans la vie… Bref, je n’étais pas des plus relax quoi. Quand on s’est retrouvés, ma belle-mère, ma femme et moi, au milieu de ce champ, avec aucune visibilité, aucun autre bruit que ceux que nous faisions et ceux de la nature proche, on était un peu obligés de déconnecter. On a profité de l’opportunité pour se poser, méditer, écrire, dormir. On avait laissé nos stress quotidiens à Bogotá, ville qui, d’ailleurs, incarne parfaitement la notion de « stress quotidien ». On se sentait perdus, il faisait humide et un peu froid, mais on était bien. C’était assez surnaturel comme expérience, de celles qu’on confond avec des rêves au fil du temps.

Perdu dans les Andes

Perdu dans les Andes

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