Monologue de Tarologue

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Les cartes sont tirées, je commence à parler d’énergie. Je n’aime pas ce mot, énergie, il est utilisé à tout va dans tous les domaines spirituels, et a pour moi perdu de son sens, de son essence même. Je commence à me sentir mal à l’aise, à bafouiller. Énergie par ci, énergie par là, j’essaie de raconter ce que je vois sur les cartes, mais je m’ennuie moi-même. Quelle idée de vouloir explorer le Tarot de Marseille avec mes proches. Je sens que je perd l’attention de mon interlocuteur, autant que son intérêt, et peut-être même un peu de son respect. Comment en suis-je arrivé là? Pourquoi je m’intéresse autant à ce fichu Tarot de Marseille? Qu’est-ce qu’il y a de si magique dans ces dessins aux traits grotesques et aux formes disproportionnées?

La réponse est simple; le Tarot n’est pas magique; et pourtant, il contient de la magie. Ça ne veut rien dire, mais restez avec moi, peut-être comprendrez-vous où je veux en venir. Ou au moins pourquoi je perd aussi vite l’intérêt de mon auditoire.

Je m’intéresse au Tarot de Marseille depuis quelques années, suite à un tirage par une chamane à Strasbourg; je ne m’attendais pas à grand chose, ou peut-être, sans me l’avouer, à un miracle, une révélation, tout en voulant garder un air détaché, et elle cherchait des cobayes pour mettre en pratique son tirage. Je n’ai plus trop de souvenirs de ce qui a été dit lors de cette séance mais je garde en mémoire 3 détails : il s’agissait plus d’un échange que d’un monologue de tarologue, les noms de Camoin et Jodorowsky ont été lâchés plusieurs fois, et l’arcane 12 du Pendu reflétait un peu trop mes ressentis d’alors.

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai toujours été extrêmement méfiant envers tout ce qui relève du domaine spirituel. Ou plus justement, je me méfie du filtre humain à travers lequel passe le spirituel. Tout « créatif » ou « artiste » que je suis, il m’arrive d’avoir des ressentis assez forts pour que je ne doute pas de l’existence de l’invisible. Mais je trouve la retranscription de ces ressentis par des mots frustrante, limitante, parfois même trompeuse, ou en tous cas utilisée à escient douteux.

Le problème à mon avis vient du fait que l’on donne trop de pouvoir au tarologue, et pas assez aux cartes en elle-même. Et à travers le « pouvoir des cartes », j’entends la confiance en nous-même de voir, d’appréhender ce que les cartes nous reflètent. Non pas ce qu’elle nous montrent, ni ce qu’on y projètent, mais vraiment cette réflexion aussi bien de notre mental que de notre inconscient. Lire les cartes est un acte méditatif, de lâcher-prise et de pleine conscience. En relevant les détails de chaque carte, les similitudes, les oppositions entre les arcanes, on raconte peu à peu une histoire qui ne manquera pas de refléter des aspects intéressants de notre situation personnelle. Le Tarot de Marseille est composé de symboles universels que l’on est tous en mesure d’interpréter si l’on veut bien se prêter au jeu, et sans connaissance tarologique préalable.

J’entendais il y a peu un youtubeur décrire le tarot comme un outil de projection de soi, mais je trouve cette définition incorrecte. Projeter est actif, on va chercher à voir ce qu’on veut, ou ce qu’on doit voir dans les cartes. Pour moi le Tarot est plutôt un outil de réflexion, dans tous les sens du terme. C’est la différence entre se voir dans un miroir chez le coiffeur, ou dans sa salle de bain. Chez le coiffeur, on se concentre sur notre coupe de cheveux, parfois même indépendamment du reste de notre visage voire de notre corps, caché sous la toile imperméable étouffante au scratch qui gratte la nuque. Chez nous, on a une vue d’ensemble, et certains détails ressortent sans qu’on les cherche vraiment : une ride au coin de l’oeil, un bouton sur le nez, un vêtement qu’on aime bien et auquel on ne prêtait plus vraiment attention, etc. Ce reflet, c’est moi. Cette réflexion sur mon reflet, c’est moi. Ce Pendu, c’était moi. Cette réflexion sur l’impuissance du Pendu, Les mains attachées dans le dos, une corde autour du pied fixée à une branche au dessus du vide, c’était moi également.

Ainsi, pour revenir au début de mon histoire, lire les cartes à une tierce personne demande de faire preuve d’une sensibilité et d’une empathie remarquable, autant que de lâcher-prise et de confiance en soi. Surtout, une lecture n’est jamais un « monologue de tarologue », mais plutôt une expérience partagée, entre un oeil extérieur, celui du tarologue, et notre propre oeil intérieur. Un voyage que l’on entreprend à deux, et qui demande donc d’apprendre à se connaître et de se faire confiance mutuellement, ne serait-ce que pour un temps limité. Et surtout, le Tarot comme le tarologue ne saurait apporter de solution miracle à tous nos problèmes. Il aide à les identifier à profondeur, et peut-être à définir quelques pistes à explorer pour avancer. La solution miracle, si tant est qu’elle existe, ne peut venir que de nous-même.

D’une façon générale, je ne peux que vous enjoindre à rester distant de toutes les propositions divinatoires, ou a fortiori tous les monologuants du spirituel. Si vous vous retrouvez noyés d’informations incompréhensibles et d’affirmations solides sur qui vous êtes et sur ce que vous devez faire, c’est que vous êtes en train de vous faire enfumer. Un tarologue sain n’aura pas besoin de mettre en avant son savoir incommensurable des cartes, parce qu’il sait que ce savoir est en chacun de nous. Il saura au contraire vous accompagner dans votre voyage intérieur, comme un shaman bat son tambour en rythme pour accompagner une transe méditative. L’important, c’est ce que vous ressentez, non pas ce que vous entendez, voire que vous comprenez.

Par ailleurs, un outil qui permet de créer des histoires présente un interêt certain pour quiconque voudrait écrire des textes, des nouvelles, des romans, des chansons, etc. Une utilisation du Tarot que je ne manque pas d’appliquer quand je suis en mal d’inspiration.

Le Tarot n’est donc pas magique, mais sa façon de nous aider à connecter ou reconnecter avec nous-même a sans aucun doute quelque chose de magique.

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