Volo - photo Anne Piégu

J’ai rencontré Volo (et j’ai même pas fait de photos…)

(Photo Anne Piégu)


Pas un selfie! Pas un Instagram! Aucun like sur Facebook! Bouh! J’ai rencontré Volo, j’ai même passé plusieurs heures avec eux, et à aucun moment je me suis dit : « tiens, je vais parler de ça sur mon blog! il me faudrait des photos pour illustrer le tout! ». Au contraire, avant de les rencontrer, j’ai pensé à ne surtout pas me focaliser sur l’écriture d’une potentielle chronique, histoire de rester ouvert à tout axe d’approche. Et tu veux que je te dise? Je pense que j’ai au raison! Et tu veux savoir pourquoi? Ben lis… #hahaha

J’ai donc rencontré Volo, au cours d’un atelier qu’ils animaient aux Tanzmatten de Sélestat, organisé en partenariat avec Zone 51. Le thème c’était « autour de la guitare acoustique ». Du coup l’ambiance était plus à l’échange sur nos parcours et nos projets comme auteur-compositeur-interprète. Et comme je le disais, je ne me sentais pas de jouer les journalistes comme ça, de but en blanc; ça me donnait l’impression de péter un peu le délire. Du coup j’ai préféré garder mon smartphone dans ma poche et privilégier la causette.

Bon, ok, mais c’est qui ça, « Volo »?

Volo, c’est un duo de frangins, Frédérique et Olivier Volovitch, tous deux auteurs-compositeurs-interprètes. Leur spécialité : la chanson française, à texte; les gars sont plumes d’or dans le domaine. Tu connais sûrement déjà Frédo, l’aîné, il avait monté les Wriggles entre 1995 et 2009. C’était celui à la queue de cheval et qu’on retrouvait assez souvent à la guitare pour accompagner les 5 clowns rouges. Olive, lui, suivait les Wriggles dans l’ombre, comme régisseur de tournée.

À l’époque, les deux frérots profitaient des pauses des Wriggles pour mettre en commun leur compos et tester leur duo sur scène. Après la dissolution du quintet rouge, devenu pour son dernier album un trio, Frédo et Olive font naturellement de Volo leur projet principal.

Si tu n’as jamais eu l’occasion de voir les Wriggles, voici un kit de rattrapage histoire de mieux cerner les personnages :

Comme tu peux le voir, il s’agit d’un véritable spectacle musical, avec des mises en scènes travaillées et efficaces. Et pour cause, tous sont issus d’une école de théâtre, l’école de la Rue Blanche à Paris (aujourd’hui appelée ENSATT et située à Lyon).

Et maintenant, le kit Volo!

Alors, c’est classe ou pas? Avec des textes bien ficelés comme ça, je ne sais pas toi, mais moi ça m’accroche et je ne peux pas lâcher avant la fin du morceau. Et l’ensemble instrumental propre qui accompagne le duo, plus fourni que les albums des Wriggles, n’est pas pour me déplaire non plus.

Et donc, puisque c’était aussi intéressant que ça, de quoi vous avez causé?

Nous étions 7 auteurs-compositeurs-interprètes, tous de différents milieux, différentes générations, et chacun avec un style et un projet différent. Installés en rond sur la scène des Tanzmatten, chacun avec sa gratte, la plupart avec un carnet de paroles, on avait tous nos propres attentes de cet atelier. Pour ma part, rien que de savoir que j’allais rencontrer les Volo, c’était déjà une fin en soi. Des gens avec une pareille expérience ont toujours quelque chose à t’apporter, même s’ils ne savent pas comment, ou même s’ils ne veulent pas.

Sur l’affiche, il était question d’un jam avec les Volo. Les brothers détendent tout de suite l’atmosphère : ils ne savent pas faire de bœuf, du coup ils se voient mal en faire un là, en atelier, avec 7 inconnus. Les doigts se relâchent, les épaules se détendent. Ouf. Par contre, on fera un tour de l’assemblée pour partager nos compos. Argh…

On commence par se présenter les uns les autres, ce qu’on fait dans la vie, nos projet musicaux, comment on a commencé. Si je ne me souviens pas de tous les prénoms, je me souviens bien des histoires : un professeur de communication visuelle à la retraite qui a monté plusieurs projets de groupe dans sa vie. Un patron de restaurant bio et végétarien, grand amateur de Bob Dylan. Un prof, ami du patron de restaurant, avec qui il veut monter un projet de duo guitare/voix. Un Jean-Baptiste, qui a fait des études de médiations culturelles, je ne sais plus exactement dans quoi il bosse, mais je me souviens qu’il écrit un texte par jour. Un Etienne, illustrateur freelance, auteur de bande-dessinées, armé d’une guitare classique, cordes nylon et déco originale. Et moi, et ma vie un peu désorganisée. Mais ça tu connais déjà.

Les Volo nous racontent aussi leur histoire, leur enfance comme fils de parents prof, les premiers contacts avec un instrument, la batterie pour Frédo, la guitare pour Olive, les premières rencontres avec les potes musiciens qu’on osait appeler boeuf. La vocation précoce de Frédo pour le théâtre, sa découverte de l’impro théâtrale. Sa candidature à l’Ecole de la Rue Blanche. Ses premiers pas à la guitare avec les potes, les premières compos. La naissance des Wriggles. L’arrivée d’Olive à Paris, les retrouvailles avec son frère. Ses débuts comme régisseur de tournée du groupe du frangin. Leurs premiers échanges de compos, les premiers tests du duo sur scène. La consolidation de Volo après la fin de Wriggles.
Mentalement je colle ces histoires aux images des personnages. J’en ressort une sorte d’énergie vraiment inspirante : celle de gens qui ont décidé de vivre de leur art, sans troquer leur sincérité pour plus de profit, ou de célébrité. Je like. . RT. .

Showtime ou pas?

Practice time!

Practice time!

Après une pause bouffe où on continue de causer de tout et de rien, on reprend les festivités. Cette fois-ci, c’est l’heure du show, tournée de compos. Mon dieu, je ne suis pas prêt. Je ne sais plus jouer en fait. Ni chanter. Je n’ai jamais su d’ailleurs. Qu’est-ce que je fais ici? J’étais bien moi, avant, à écouter des histoires! On peut pas continuer comme ça? Oui, j’ai peur. Et outre la peur du « mon dieu, je vais jouer mon morceau devant d’autres musiciens, ils vont forcément trouver que c’est de la merde, en plus y a deux pros dans le tas, ma carrière n’a pas commencé qu’elle est déjà terminée, je ne sortirai pas d’ici vivant », il y avait l’incertitude de jouer correctement et proprement un de mes morceaux. Parce que si je les ai enregistrés, et qu’ils ressemblent à peu près à quelque chose, je ne suis pour autant pas encore capable de les jouer proprement tout seul et d’une seule traite sans trop me planter. Ben oui mon p’tit, fallait bosser un peu!

Finalement, par un hasard du destin (toutes les têtes se tournant magiquement vers moi à la question « qui commence? »), je me lance en premier. Je choisis « La Vision Floue« , celui que je tiens le mieux en guitare-voix pour le moment. L’intro passe sans que je me plante trop. Je commence à chanter. Ouille, avec ce stress, je suis un peu faux. J’essaie de me corriger. C’est encore pire. Je commence à perdre un peu le rythme à la gratte. Bordel, c’est trois accords à tempo plutôt lent, comment je peux autant me planter! J’essaie de ne plus penser. Je maintiens tant bien que mal le cap pendant cette tempête. Enfin le deuxième refrain, je me lâche un peu plus. Le pont, bientôt la fin! Je joue l’accompagnement du solo, tant pis s’il n’y a pas de solo. Vient l’outro tant attendue. Trop peut-être, j’enchaîne les fausses notes. Mais la toute dernière, elle, est correcte.

Bon, voilà, ce qui est fait est fait. Un tour d’horizon pour voir ce que les collègues en pensent. Frédo me dit qu’il n’est pas sûr d’avoir compris de quoi je parlais. Il demande à voir mon texte, me demande de l’expliquer, me conseille d’ajouter des détails pour que l’idée que je voulais faire apparaître dans la chanson ressorte plus. Olive ajoute que je devrais garder l’arpège de l’intro sur les couplets chantés, et garder le « balayage », les accords pleins pour donner plus d’énergie à la fin. Côté parole, il trouve que des textes « cathartiques », ne racontant pas spécialement une histoire mais décrivant plus un état d’esprit, ne dérangent pas vraiment, mais qu’il faut assumer ce choix jusqu’au bout.

On finit le premier tour de compos, où je peux voir que même si on est 7 auteurs-compositeurs-interprètes guitaristes, aucun ne ressemble à son voisin. On passe de rock’n roll, à folk américaine, puis pop rock, puis pop folk. Ce ne sont que des étiquettes, pas forcément parlantes, mais je te jure, chacun amenait un univers totalement différent avec pourtant les mêmes ingrédients. Et ça aussi, je like RT . Aujourd’hui, on a tendance à penser que tout a déjà été fait en musique, et c’est une idée assez déprimante pour qui veut se lancer dans la composition. Mais raisonner ainsi c’est prendre en considération uniquement l’aspect théorique de la musique, et exclure du processus de composition la personnalité du créateur. Au fond, je pense que si on demande à 10 personnes différentes de jouer une même suite d’accords, si simple soit-elle, on obtiendra 10 résultats différents. Et ça, c’est magique, ça voudrait dire qu’il y a autant de possibilités en musique que d’individus sur cette planète. Et surtout que l’un n’est pas meilleur que l’autre, il est juste différent. Et chacun a le droit d’exister. Ce qui importe au final c’est de donner assez de soi pour se démarquer des autres. #peace #payetamoralelafontaine

Bref, j’ai rencontré Volo, et ils étaient très beaux.

Pick up your guitar and play!

Pick up your guitar and play!

Mais comme un idiot, j’ai pas voulu faire de photos.
J’espère que tu m’en voudras pas, promis la prochaine fois
J’hésiterai pas comme ça, enfin, ça dépendra.
En attendant je t’offre un slam, pour me faire pardonner,
Mais à mon grand dam, je crois bien qu’il est mauvais.
Oublie pas ce qu’on dit, c’est l’intention qui compte
Je te donne un peu de « me », mais c’est juste un acompte.
Tiens pour ne pas finir sur rien, je lâche une spéciale cacedédi
Aux Tanz et à Zone 51, pour avoir traîné le boulet que je suis
Sur les lieux de l’atelier, parce que bien sûr je m’étais paumé
Vous avez assuré, soyez assurés que je reviendrai
Maintenant je vous dis à bientôt,
On se reverra,
On est dans le même bateau.

Grand Jone Malade


P.S. : Fais-toi plaisir en écoutant le dernier album de Volo!

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