I'll just sit here for the rest of my life

Voilà, là, tel que tu me lis, je viens de trouver un endroit où vivre et il commence enfin à ressembler à quelque chose. Je suis revenu d’un voyage de trois mois en Colombie et au Pérou, c’était vraiment cool, mais comme on n’est pas sur un blog de globe-trotter et pour les besoins de mon histoire, on ne va pas en parler ici. Par contre si ça t’intéresse, invite-moi à boire un coup et je te raconterai tout en détail, parce que c’était vraiment génial et que je pourrais en causer pendant des heures. Surtout s’il y a de la bière.

Non, le point crucial que l’on aborde ici est bien moins heureux. Loin des coups de soleil caribéens, des expériences transcendantales du Machu Picchu, des parcours initiatiques dans la jungle de Tayrona en pleine nuit noire (avec des tigres il paraît, mais ça je ne l’ai su qu’en sortant de la jungle) (et des serpents aussi. Si, je vous dis, ça vaut au moins une bière comme histoire!), et de retour dans le froid hivernal continental, la pluie, le ciel gris, les mines tristes et les journées courtes, je fais le bilan : 3 mois se sont écoulés sans que je n’aie avancé d’un poil sur mon projet. Je me rassure en me disant que c’est un voyage qui m’a ouvert l’esprit et m’a fait grandir en tant qu’être (cette phrase a-t-elle un sens?). Mais au fond, une petite voix, devenue Présidente de la République de ma conscience depuis que j’ai retrouvé un bureau sur lequel étaler mon bordel, scande : t’as rien foutu, t’as rien foutu, t’as rien foutu, t’es en retard, t’arriveras jamais à rien, t’es bon à rien, ouh! Le nul! Bouh bouh bouh!

Santa Maria, Cusco, Perú

Après 6 heures de nausée sur les route andines en taxi, qu’est-ce qu’on se marre!

Alors déjà j’aimerais rappeler à cette voix qu’elle est dans ma tête, que du coup elle fait partie de moi, et qui se je suis nul, ben elle est nulle aussi, alors qu’elle fasse pas la maline! En plus, cette culpabilité, j’y ai déjà été confronté – j’aurais presque envie de dire qu’elle régit toute ma vie « artistique » depuis plus de 10 ans. Et parfois, tu ne me diras pas le contraire si toi aussi tu exerces un art (quelle belle formule!), il suffit de peu pour que la culpabilité de ne pas faire les choses comme il faudrait ou quand il faudrait nous ronge. Une petite journée de flemme, une soirée passée à mater Breaking Bad, un apéro avec des potes au lieu de plancher comme des forcenés et elle s’installe, cette perfide petite voix, ce petit stress qui nous serre l’estomac et nous empêche de laisser gaiement couler la bière dans notre gosier (il faut savoir qu’au moment où j’écris, j’ai VRAIMENT envie de boire une bière, d’où la récurrence).

Donc ce qu’on va faire, là, tout de suite, ensemble, c’est l’analyser comme des vrais médecins pour pouvoir s’en débarrasser. Ou en tous cas pour au moins accepter que c’est normal, et que nous ne sommes pas les seuls à subir les assauts ingrats de notre conscience masochiste.

Les symptômes

La peur de s’y remettre

Ça commence tout doucement, comme une envie de « pas envie ». On ne sait plus trop où l’on s’était arrêté, quelle était la prochaine étape dans notre travail. À force d’y penser, j’ai fini par l’identifier comme une peur. Peur d’ouvrir à nouveau les dossiers, les sauvegardes, les cahiers de notes, et de trouver ça moyen, si jamais on l’avait quitté plein d’espoir. Ou peur tout simplement d’avoir perdu la « touch », le « feeling », le « spirit », le « genius », et de ne pas être capable de le réactiver. Si à l’idée de te remettre à l’oeuvre tu sens une force magnétique inversée qui te pousse très loin de ton bureau, ne cherche pas, ce n’est pas de la flemme, c’est de la peur. Mais ce n’est pas grave! Tout le monde a le droit d’avoir peur! Moi j’ai peur du noir, des araignées trop grosses, du vide, de l’espace, des abysses, du mauve (et c’est une vraie maladie alors ne commence pas!), etc. L’important c’est de l’accepter. Alors avec moi répète :

oui, j’ai peur, oui, je suis un(e) petit(e) faiblard(e) qui se fait pipi dessus la nuit, mais non, je ne laisserai pas mes peurs m’identifier car j’entre juste dans une phase critique de culpabilité. Maintenant que je le sais, je vais pouvoir m’en défaire. Et changer mes draps.

Les phobies qui tuent

Les phobies qui tuent

L’angoisse de n’arriver à rien

Savamment instillée par la peur décrite plus haut, l’angoisse face au vide sidéral de notre productivité monte en flèche. C’est le moment où tu t’es finalement assis à ton bureau, et tu essaies de te remettre dans le bain. Il amène des remises en question existentielles, de l’ordre de « mais pourquoi je fais ça moi? », « à quoi bon? », « dans quel but? », « pourquoi je ne suis jamais capable de finir ce que je commence? ».

Ce symptôme, ne nous mentons pas, est douloureux. Il nous renvoie à notre petitesse dans l’univers et à la vanité de toute chose. Il peut s’avérer fatal pour un débutant-artiste non-averti, en le coupant brutalement alors même qu’il venait d’ouvrir son document photoshop/illustrator/protools/word/autre (raye les mentions inutiles), et en prolongeant la phase d’inactivité et la montée de la culpabilité. Si tu ressens ce symptôme, une seule chose peut t’aider :

Trouve-toi une position confortable, allongé, sur le sol ou assis en tailleur, et ferme les yeux. Et respire. Mais pour de vrai hein, profondément, en relâchant le ventre, en écartant bien les côtes du bas de la cage thoracique, et lentement. Et ne te concentre que sur ta respiration… Tu as ta place dans ce monde, dans ce domaine, tu as quelque chose à dire, il y a des gens pour t’écouter, te suivre. Tes idées sont bonnes, elles valent le coup de travailler dessus pour les développer. Je vais compter jusqu’à trois, et à trois, tu te réveilleras et tu auras envie de m’offrir une bière. … 1 … 2 …

La panique devant l’ampleur de la tâche

Bon, admettons… On a réussi à apaiser l’angoisse, on s’est remis devant son bureau, on a finalement réouvert les fichiers poussiéreux… On regarde vite fait nos dernières prouesses, les erreurs nous sautent aux yeux, les réussites nous rassurent un peu. On est enfin prêt à s’y remettre. Mais, ayant perdu le rythme, ou noyé dans trop de projets à la fois, on ne sait pas par où commencer. Moi, quand ça me prend, j’applique la pire des techniques :  je commence tout à la fois. Le résultat est épique :

Nouvelle maison, nouveau studio

Attention, terrain dangereux, bordel en cours de création

Je saisis ma guitare et commence à faire des exercices d’échauffement. En voulant faire vite et bien je commence à peu près cinq exercices différents et ne m’applique sur aucun. À peu près en même temps je lance mon logiciel de MAO et j’ouvre tous les derniers fichiers sur lesquels je bossais (trois ou quatre). J’en profite pour aussi ouvrir mon Evernote et parcourir mes idées de textes. Le temps que tout se lance j’ouvre un bouquin de guitare jazz, accords, théorie et morceaux-phare (fichu bouquin dont je n’ai toujours pas passé les 10 premières pages). Devant ce bouquin je me dis que non, moi je ne veux pas faire de jazz, je veux faire du rock, alors je retourne sur mon pc et j’ouvre un site dédié au programme de guitare de Steve Vai. Comme il propose une routine de 30 heures et que tout ce que je voulais c’était m’échauffer un peu je le laisse de côté pour aller chercher le morceau dont je voulais transcrire le solo. Je l’ouvre sur mon logiciel de transcription, mais comme ça prend du temps et qu’à la base je voulais surtout bosser sur mes compos, je laisse tout en plan et je me rappelle qu’il faut aussi que je bosse mon chant.
À ce moment, je suis épuisé, je fais une pause. Ouf. Je suis bien monté en pression. Et j’ai été PARFAITEMENT IMPRODUCTIF.

Tu as connu des moments aussi magiques? Ne t’inquiète pas, le problème n’est pas dans ton organisation! Enfin, si, il l’est, mais il découle principalement de cette culpabilité qui te fait vouloir rattraper le temps perdu en 10 minutes chrono. Une technique pour s’en sortir? Prier. Parce qu’une fois qu’on est lancés dans ce mode berserker, dur d’en sortir avant l’épuisement total. Quand tu sens que ça montes, que ton ordi a 32 fenêtres ouvertes de trucs totalement différents et qu’en plus tu es devant ta bibliothèque à chercher je ne sais quel ouvrage que tu trouvais super utile:

Exemple de feuille pour s'organiser selon ses objectifs

Exemple de feuille pour s’organiser selon ses objectifs

Ferme tout, respire comme précédemment, prend juste une feuille et un stylo et écris, en bas de la feuille, ton objectif. En haut ta situation actuelle par rapport à cet objectif. Et essaie de tracer une ligne chronologique entre ces deux points. Cet exercice peut paraître assez stupide, mais il aide vraiment à tous les niveaux : définir clairement ses objectifs, prendre du recul et analyser notre avancée jusqu’à maintenant, et faire le ménage dans toutes ses voies qui s’ouvrent devant nous pour se concentrer sur celle qui nous guidera au mieux au point d’arrivée.

Les causes

Un trop-plein d’énergie mal canalisé

Et c’est là qu’est toute l’ironie, non? On est tellement motivés, on a tellement envie d’avancer, de bosser, que ça marche, on se laisse brûler par cette énergie, et elle nous épuise, plus qu’elle ne s’épuise elle-même en fait. Le fait de vouloir tout faire, tout bien, est au fond plutôt positif. Souvent j’ai tendance à visualiser le travail déjà terminé, et rien que ces images peuvent me remotiver. Le problème c’est que je ne fais pas le lien entre le travail terminé et le début où rien n’est encore fait. Par exemple, j’ai une idée de musique en tête, un riff, une mélodie, des paroles; j’arrive très bien à l’entendre dans ma tête, mais je ne sais pas comment je vais pouvoir rendre tout ça réel. Et mes premiers essais étant (souvent) assez loin de ce que j’attend, je commence à perdre patience, à me mettre la pression, en me disant que je ne devrais pas prendre autant de temps pour faire des choses aussi simple, comme enregistrer 4 mesures de rythme à la guitare, ou un couplet au chant… Et le stress monte… Et tu le vois venir le cercle vicieux, là?

Enfin une bonne nouvelle! S’il y a culpabilité, c’est qu’il y a quelque part volonté de créer quelque chose et visualisation du résultat attendu. Mais la méthode et l’organisation ne sont pas encore au point, du coup cette énergie qui nous porte nous fait partir dans tous les sens. Or, soyons mystiques un instant : une énergie peut aussi bien détruire une planète que créer toute une galaxie; il est important de comprendre qu’on peut contrôler et canaliser ce stress pour créer ce que l’on veux, plutôt que de le laisser nous traîner dans la culpabilité et le remord comme des vieilles serpillières toutes moches. Et qui puent.

Ce stress qui épuise

Je vous repasse le film du mec qui commence tout en même temps et finit par ne rien faire du tout? La fourberie de ces pics de stress, c’est qu’on est habitués à travailler avec. La situation s’empire quand on ne peut plus travailler sans. Rappelle-toi ces devoirs à rendre, qu’on avait un mois pour préparer mais qu’on attaquait la veille de la deadline… Ou pour les plus courageux, racontez-nous comment ça s’est passé la rédaction de votre mémoire? De votre thèse? Bon, ne soyons pas mauvaise langue pour autant : je sais que beaucoup étaient capables de suivre les conseils avisés de nos professeurs (« Commencez tout de suite à travailler dessus, avancez petit à petit chaque jour, blablabla, gnagnagna… » Et quand c’est que je level up dans Final Fantasy moi?). Mais j’ai quand même l’impression que la majorité de mes comparses employaient cette méthode, dite du lion.

Ha! Je t’ai eu avec mon histoire de lion! Mais qu’est-ce que ça veut dire Jamie?

La technique du lion

Viens faire un câlin

Viens faire un câlin

Attention Fred! Son nom est trompeur; on ne parle pas ici d’une noblesse sauvage qui viendrait nous posséder pour dominer la jungle. On décrit plutôt le fait d’avancer comme si un lion nous prenait en chasse. Tu t’es déjà fait poursuivre par un lion? Et bien, si un jour ça t’arrives, tu ne réfléchis pas, tu cours, et tu cherches tous les moyens possibles pour lui échapper.
En moins imagé, on veut représenter ici le fait de ne pouvoir travailler qu’en se mettant la pression. D’un façon plus large, on évoque aussi le fait de se concentrer plus sur ce qui risque de nous arriver si on ne termine pas notre projet.

D’accord Jamie, c’est bien beau tout ça, mais moi je n’ai pas envie d’utiliser cette technique! Il n’existe pas une autre technique moins stressante?

La technique de la quête

Linkachu, ou l'internet qui n'a aucune limite

Linkachu, ou l’internet qui n’a aucune limite

Range ta console et toute ta collec’ de RPG Fred! Pose tes dés, pas de jet de charisme ici. Sérieux, t’es vraiment un geek. Mais bon, si tu connais cet univers de jeu de rôles, tu sais ce que c’est d’avancer pour accomplir une quête : sauver la princesse Pokelda, réunir tous les Zeldamon, je crois que je ne suis plus trop à jour niveau jeux vidéos du coup je vais changer de registre, trouvez le Saint-Graal, rentrer à Ithaque, etc.
Plus simplement, on avance non pas en craignant ce qu’il y a derrière nous, mais en se concentrant sur ce qu’il y a devant, sur un objectif final. D’où l’importance ultime – ne le dira-t-on jamais assez? – d’avoir un objectif clairement défini à la base.

Si cette deuxième approche semble la plus censée, il ne faut pas pour autant rejeter totalement notre pauvre lion. Être capable de donner le meilleur de soi en condition de stress intense est vraiment un atout. Ce qu’il faut éviter, c’est de toujours avoir à se mettre en situation de stress pour être efficace. Devenir son propre impitoyable lion, et se mettre tout seul une pression énorme au travers d’objectifs irréalisables, c’est le meilleur moyen pour culpabiliser et ne jamais se sentir à la hauteur. Allez Marcel, on démarre!

La motivation qui s’en va et qui revient

Et c’est assez normal après tout; elle subit les dégâts du choc entre le trop-plein d’énergie et le stress. Le fait d’être gonflé à bloc au réveil, puis d’avoir le moral dans les chaussettes tout de suite après le petit-déjeuner, mais de se remotiver après une heure de disparition cérébrale dans les tréfonds d’internet, pour s’écrouler face à la première difficulté rencontrée… C’est du sans-plomb pour la culpabilité. Si l’on devait tracer une courbe entre les hauts et les bas de notre motivation, elle finirait par connaître des hauts de moins en moins hauts, et des bas de plus en plus bas.

Un cercle vertueux voudrait que notre énergie nourrisse notre motivation, et notre motivation rebooste notre énergie. Mais une énergie mal canalisée nous amène du stress, ce stress nous démotive, cette démotivation nous fait culpabiliser… Jusqu’à épuisement de l’énergie initiale. Ce qui correspond au moment où l’on envoie tout balader et où l’on décide de faire un vrai métier, avec des vrais diplômes et un vrai salaire.

Cela dit, une motivation qui connaît des hauts et des bas, c’est normal non? C’est difficile de rester gonflé à bloc sur un projet qui tire en longueur. D’où cette tendance à réaliser un projet le plus vite possible, en profitant d’une inspiration divine avant qu’elle ne retombe. Accepter que l’on ne peut pas être toujours au top de sa forme et apprendre à se forcer un peu pour lancer la machine, ça ne veut pas dire que l’on n’aime pas ce que l’on fait. Peut-être sommes-nous juste dans une étape-plateau, où l’on ne sent pas de progression majeure. Mais en se faisant parfois un peu violence, on arrive à la fin de cette étape, et alors on se rend compte de notre évolution. Comme quand tu bois une bière et que tu as l’impression qu’elle ne se finira jamais, et tout à coup tu arrives à la dernière gorgée… Non, cette comparaison est naze. Mais j’ai toujours soif.

Conclusion (ou ce qu’il faut lire si tu as scrollé tout le reste pour me faire croire que si si, t’as bien tout lu)

J’aimerais que tu me dises que tu n’as rien compris à cette chronique. Que toi, quand tu bosses sur un projet perso, tu le fais bien, propre, jusqu’au bout, tu es fier du résultat, tu sais travailler de façon équilibrée. Si tel est le cas, n’oublie pas que la validation de ton commentaire passe par un reCaptcha, pour vérifier que tu n’es pas un robot.

Plus sérieusement, j’ai voulu écrire cette chose pleine de blagues, de relents alcooliques et beaucoup trop longue parce que je souffre. Oui! Je souffre! Je suis seul! Personne ne m’aime! Bouh! J’ai peur! Je n’avance pas! Quand j’avance, je fais des trucs qui ne me plaisent pas! Et quand je ne fais rien, je culpabilise! Pourquoi je met autant de points d’exclamation!

Encore plus sérieusement, j’ai lu récemment quelques ouvrages de développement personnel, et je commence à en comprendre la théorie. Toutefois, comme tu le sais, entre théorie et mise en pratique… Quoi qu’il en soit, je te partage mes deux préférés ici! Je les ai lu en anglais, parce que je suis un hipster swaggy rebel of society, et aussi parce que quand je peux je préfère lire le texte original plutôt qu’une version traduite. Ce ne sont pas des livres trop littéraires ou spécialisés, donc la plupart du temps les phrases et le vocabulaire sont compréhensibles sans avoir à passer par un traducteur ou un dictionnaire tous les deux mots. Et comme souvent l’anglais est une langue qui va plus facilement droit au but que le français, la lecture est plutôt fluide et agréable.

La Guerre de L’art de Steven Pressfield (Titre original : « The War of Art »)


Steven Pressfield, écrivain lui-même, parle de ce qui nous bloque dans un processus créatif. Il le nomme « Résistance » et l’identifie comme l’ennemi de ceux qui entreprennent un projet artistique quel qu’il soit. Mais je pense qu’on peut facilement l’étendre à tous ceux qui entreprennent un projet personnel, sans forcément s’inscrire dans un domaine artistique.

Il détaille les différentes formes que peut prendre la Résistance, et ses techniques parfois sournoises pour nous tenir éloigné de notre bureau. Par exemple, une Résistance bien installée ne vous fera pas dire : « je suis incapable de faire ça! », mais plutôt : « je peux le faire, MAIS là je n’ai pas le temps/ je n’ai pas le matos/ je commence demain/ toute excuse suffisamment valable pour qu’on ne le fasse pas ».

Le format, de courts textes de 1 à 2 pages séparés en trois grands chapitres, rend la lecture agréable et accessible même si l’on ne fait pas confiance à son anglais. Les phrases sont courtes et le vocabulaire simple. Attention par contre, j’ai lu quelques commentaires sur la version française qui décrivait la traduction comme catastrophique. Mais comme je ne l’ai encore jamais vu, je ne saurai le certifier ici.

Quoi qu’il en soit, si tu développes en ce moment ton projet personnel, ou que tu penses le faire mais que pour plusieurs raisons tu ne t’y es pas encore mis, tu auras vite l’impression que ce livre parle de toi. C’est au fond assez rassurant, et en plus, ça aide.

Mastery : the keys to success and long-term fulfillment de Georges Leonard

Ce livre est cool. Vraiment. Je vais te dire pourquoi juste en t’expliquant l’idée générale : le talent n’est pas inné. Quand on voit certains artistes, véritables légendes, on a l’impression qu’ils sont nés avec un don. Mais en réalité, ce qui a vraiment fait d’eux des artistes exceptionnels, ce sont les heures et les heures de travail, de pratique, et d’erreurs tout au long de leur parcours. Parce que oui, ils en ont griffonné des brouillons avant d’en arriver au résultat final, au « chef d’oeuvre ». Et trop souvent on les identifie uniquement par rapport à ces chefs d’oeuvre.


Ça me rappelle Claude Lemesle dans son bouquin L’art d’écrire une chanson, parlant de Brassens :

« Je me souviens de Brassens me montrant son bureau, sa table de travail, rue Santos Dumont, et me murmurant, modeste et douloureux : « Tu sais, Claude, personne ne peut savoir à quel point c’est difficile, et de plus en plus! … » Comme il suait, Georges, sur son établi de mots […] »

C’est beau non? Et plein d’espoir pour nous, pauvres êtres normaux n’ayant pas nécessairement grandi dans un milieu artistique.

Pour en revenir à Georges Leonard, là où vraiment ce livre m’a remis les idées en place, c’est sur sa façon de décrire un apprentissage. En résumé, un apprentissage ne se fait jamais en constante progression, mais plutôt avec des périodes plates, et des pics de progression de plus en plus éloignés selon notre avancée. Le plus dur donc, c’est d’affronter ces périodes plateaux, qui nous donnent l’impression de faire du sur-place, et de continuer notre chemin jusqu’au jour où l’on se rend compte que l’on a passé un niveau. Puis on recommence sur un nouveau plateau, un peu plus long, etc.

The Mastery Curve selon Georges Leonard

The Mastery Curve selon Georges Leonard

Un autre point particulièrement important qu’aborde l’auteur : la nécessité de choisir une voie, une seule, et de s’en tenir à celle-ci, même si cela signifie ne pas explorer d’autres voies. Ce qui est peut-être le plus dur à faire, pour nous, génération qui veut tout, tout de suite et tout le temps. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut tirer un trait sur les autres domaines qui nous intéressent, mais il est important de choisir son domaine de prédilection, qui passera devant les autres.

Le livre vous convaincra peut-être mieux que moi ici. En tous cas, comme pour le premier, la version anglaise est très accessible. Dommage qu’il n’existe pas de traduction en français!


Restons-en là pour aujourd’hui, on a déjà beaucoup trop causé, des vrais pipelettes! En plus, ça fait déjà plusieurs heures que… mais… Mon dieu! Ça fait déjà plusieurs heures que je suis là à écrire cette chronique plutôt que de terminer mon prochain morceau!? … Je suis un damné!

… 3


Références :

Share: