Machine à fric

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Je n’ai pas de problème avec l’industrie de la musique en soi. Enfin si, au fond peut-être. Enfin, je ne sais plus. J’ai ce duel en tête entre ma raison et mon cœur, l’un vantant les avantages du système quand on sait l’utiliser, l’autre déplorant sa fadeur, sa froideur, son formatage, et par dessus le marché sa capacité à faire de la musique un vulgaire produit dérivé visant uniquement à vendre plus. Rentabilité devient le maître-mot. On fait du visuel trash parce qu’on sait que ça attire, du buzz people pour faire monter la pression, mais derrière, la création artistique est vide, absente, en congés maladie.

Et l’on vante les mérites des grands producteurs américains multi-millionaires qui nous servent toujours leur même soupe en changeant parfois les croutons, mais le résultat est le même. On admire ces Ladys qui « savent ce qu’elles font », qui sont des vraies « business women », qui ont compris la dure réalité de l’industrie, non sans l’avoir trait plus qu’il ne fallait, et qui osent venir nous donner des leçons de vie sur leur expérience. Chanson après chanson, les mêmes beats, les mêmes voix, les mêmes textes, les mêmes clips à poil, surtout des clips, beaucoup de clips, pour cacher un peu le vide sidéral de la musique.

« Si tu veux que ça marche pour toi, il faut faire des vidéos, il faut faire du buzz sur Youtube ! » Fuck off, mon côté révolté du bounty a juste envie de faire le contraire de tout ça. Buzz my ass, c’est à cause de cette folie du buzz qu’on a dû se farcir une chanson en coréen que personne ne bite avec une chorégraphie débile pendant plus d’un an. À peine plus d’un an. Le gars aujourd’hui, qu’est-ce qu’il fiche ? The Voice coréen comme juge, et le reste du temps il repose son gras du bide dans des pageots beaucoup trop grands et trop confortables en profitant de ses rentes.

C’est ça un-e artiste aujourd’hui ? C’est ça un-e musicien-ne ? On doit forcément reconnaître qu’ils ont « réussi » parce qu’ils engrangent un salaire annuel moyen en un jour ?

Okay, j’ai peut-être un problème avec l’industrie de la musique – à vrai dire, rien que le terme sonne vilain dans mes oreilles. Je suis peut-être un poil idéaliste aussi. Au fond, tout ce que je recherche, dans quelle qu’oeuvre que ce soit, c’est l’expression sincère, sans atours, de son créateur. Il peut me parler de ce qu’il veut, comme il le veut, je veux juste sentir cette sincérité sans retenue, sans pudeur. Qu’on ne vienne pas me chantonner que « it’s not about the money-money-money, we don’t want your money-money-money » quand en réalité, tout porte à croire le contraire. Qu’on ne vienne pas me pleurnicher une rupture qu’on n’a pas connu, me louer un amour qu’on n’a pas vécu, me dévoiler un voyage qu’on n’a pas fait. Qu’on ne vienne pas me bousiller les esgourdes avec une de ces énièmes révélations de télé-réalité à deux balles, une voix jamais entendue, un univers fantastique, je te veux dans mon équipe ! Histoire d’être sûr que tu nous sortes un album à saveur de boîte de conserve, on s’en tape, on veut juste vendre en exploitant ton histoire personnelle. Et ne t’en fais pas trop, on crée aussi ton histoire personnelle en passant. Le pack tout inclus du foutage de gueule.

J’avoue toutefois, même si ça peut paraître totalement paradoxal, que je rêve pourtant de reconnaissance, de célébrité, de gloire, de tournées, d’un public qui se reconnaît dans mes chansons, qui les reprend en chœur pendant mes concerts, etc. Je veux m’adresser au plus grand nombre, mais je ne veux pas m’adresser à des porte-monnaies. Je veux vivre avec la musique comme moyen d’expression, de communion si l’on veut être un tantinet spirituel, et pas comme une vulgaire machine à fric.

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