J’irai au bout de mes rêves ?

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Cette chronique découle directement de ma dernière publication sur Instagram, où je voulais parler de Jean-Jacques Goldman, et je me suis laissé dériver sur Matt Pokora, la vie d’artiste indépendant et sa présence online (l’artiste en question n’étant autre que ton humble interlocuteur)

Je commence à peine à sortir de mon cocon d’artiste incompris qui aimerait toucher une audience plus large, mais je ne tiens pas non plus à devenir un businessman, qui pense d’abord rentabilité avant créativité. Concilier art et marketing/communication n’est pas chose aisée, et j’ai l’impression que c’est encore plus dur en France, où l’image de l’artiste véritable, qui crée seul dans son studio des œuvres géniales mais que personne ne connaît ni ne reconnaît, seuls ceux « qui savent », a plus de valeur à nos yeux que celle du coureur de likes qui s’expose à outrance sur les réseaux sociaux.

Combien de fois n’ai-je pas entendu ce genre de formule consacrée :

« Non mais ce mec c’est un vrai Hendrix, un génie, mais il s’en fout, ça l’intéresse pas »
« Ce gars, il est exposé nulle part, il n’intéresse personne, mais quand tu vois ces toiles tu te dis que la société est vraiment injuste. On expose des mecs qui passent plus de temps à cirer les bottes des gérants de salle d’expo qu’à créer des œuvres qui en valent la peine »
« Aujourd’hui si tu veux réussir, faut être plus pute et politicien qu’artiste »

Cette mentalité, je la connais, je la côtoie depuis des années. Scoop : ça ne marche juste pas. Personne ne va venir toquer à ma porte pour me dire à quel point je suis génial et  donner un tournant pro à ma carrière. Personne ne va, en voyant mon profil, mes vidéos, en écoutant mes morceaux, se dire « hé contactons ce mec et faisons-le jouer! ». Comme s’ils n’avaient que ça à faire. Surtout aujourd’hui, où n’importe qui a accès à du matériel de suffisamment bonne qualité pour produire de la musique, et une connexion internet pour la partager. Et où il est devenu normal de ne pas payer pour écouter la musique qu’on veut. Et ce n’est pas un abonnement à 9€ pour de la musique en illimité qui va résoudre ce problème. Je dis ça avec Jeff Beck en lecture aléatoire sur Spotify en musique de fond… 

Je suis pour ma part mal à l’aise rien qu’à l’idée de lancer des appels à liker ma page Facebook. Je me dis « qui m’aime me suive », mais ça ne prend pas. Et ce n’est pas que personne ne m’aime. Juste que si on ne nous demande pas de liker/partager, on ne le fait pas. On ne le fait déjà pas forcément quand on nous le demande.. Récemment une amie m’a fait prendre conscience de ce fait. Elle m’a demandé si je voulais qu’on partage ce que je publie, parce que certains « n’aiment pas ça, qu’on partage leurs trucs ». J’étais pris de court, mon profil est public, mes publications visibles par tous, of course je veux qu’on me partage, ça ne me viendrait même pas à l’idée de m’y opposer. Je ne publierai rien, ne m’amuserais pas à créer et alimenter des profils si ce n’était pas le cas.

Donc être artiste, c’est être communicant actif. On ne peut plus se limiter à simplement créer et laisser la partie business à d’autres, surtout quand on n’est personne. On se représente soi-même, avec des budgets limités voire inexistants, en comptant majoritairement sur le partage, parce que plus de partages signifie plus de visibilité, plus de couverture médiatique potentielle, plus de légitimité aussi. Voir une oeuvre à soi partagée et appréciée sur les réseaux sociaux est un marqueur pratique parce que mesurable, et gratifiant. Même si seules nos connaissances aiment et partagent sans se soucier du contenu, c’est un soutien moral important, une preuve qu’ils croient en nous.

Et communiquer efficacement, c’est répéter jusqu’à ce que tout le monde ait bien compris, et en remettre une petite couche pour être sûr que vraiment toute le monde a saisi le message. Je pense à mon prof de yoga qui répète en boucle, avec la même intensité « tend tes jambes, tend tes jambes, tend tes jambes, tend tes jambes » à celui qui affiche des genoux un peu trop mous, jusqu’à ce qu’il prenne conscience qu’il n’engage pas assez ses guiboles. Au bout d’une dizaine de répétitions, des rires s’élèvent légèrement dans la salle. C’est bon, on a compris non ? Manifestement pas tout le monde, sinon il n’insisterait pas. Et que peut-il dire de plus ? On doit tendre nos jambes, rien de plus, rien de moins, mais parfois la conscience n’est pas là, ou on a simplement du mal, selon la posture, à la ramener dans les jambes. Ou tout simplement, on oublie.

Sur internet, on a même tendance à oublier très vite, vu la vitesse à laquelle on fait défiler nos fils d’actualité. Si elle ne se répète pas au moins trois ou quatre fois, pour moi une publication est oubliée dans les deux minutes suivantes.

Toussapourdirke

Tout ça pour dire que je suis en processus de changement de mentalité, pour appliquer une commun<ication plus nette à mes projets. Mentalement, les barrières sont solides, mais pas insurmontables : il s’agit de s’ouvrir plus, de passer à l’action et de ne plus attendre. Ça paraît tellement évident quand je l’explique à mes proches. Ça me paraît tellement évident à moi-même, et quand je vois le projet d’autres artistes, ou entrepreneurs de façon plus large, j’ai le jugement facile. « Il/elle faudrait qu’il/elle fasse ceci, et cela, et pas cela, sinon ça ne prendra jamais ». Et quand il s’agit de m’appliquer mes merveilleux conseils à moi-même, toutes les excuses sont bonnes. « Mon projet n’est pas prêt », « mes enregistrements pas assez bons », « je dois d’abord faire plus de scène », « mais pour faire plus de scène, il me faut une présentation propre de mon projet », « il faudrait que je me fasse des publis sponsorisées sur Facebook et Instagram »,  etc. Ce n’est qu’un extrait du genre de pensée parasite qui me mène droit à l’inaction, à l’indécision. Du « il faut », « il faudrait » à foison, et aucune action.

Quoi qu’il en soit, ne me demandez pas si vous pouvez ou pas partager ce que je fais. Une fois que c’est fait et publié, pour moi ça appartient à l’espace public, à chacun de se l’approprier ou non, le mettre en avant ou le diminuer, de le critiquer, de l’encenser, ou de n’être pas touché. D’où ma difficulté à me mettre moi-même en avant. Donc si ma demande de like/partage n’était pas claire parce que non formulée jusqu’ici, j’espère qu’elle l’est maintenant.

(Et tout ce bla-bla au lieu d’écrire directement sur chacun de mes posts « n’hésitez pas à liker et partager ! » … Bref, y a encore du taf…)

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